Les pièges des métavers

Les pièges des métavers
Tribune · Métavers
Les pièges des métavers
Le développement des mondes virtuels représente un défi en matière de conformité, d’hégémonie industrielle et d’enjeux écologiques. Autant de questions à se poser dès maintenant.
David Bessot · 2022 · Article

On entre dans les métavers comme on tapait nos premières requêtes sur Google : avec un mélange de fascination et de naïveté. Ces univers immersifs seront le prolongement de nos pratiques numériques actuelles — avec une dimension plus envahissante. Et avec elles, tous leurs problèmes non résolus.

Article · Tribune Stratégies

« Comprendre les pièges des métavers : ce que la magie technologique nous cache. »

Stratégies · 16 décembre 2022 · David Bessot

Lire l’article complet ↗

La première faille est le consentement. Dans la vie réelle, le lieu et le temps délimitent nos choix. Dans un métavers, tout est fluide, intégré, sans frontière ni durée. L’objectif commercial des opérateurs est précisément cette expérience sans friction — une fluidité qui jouera contre notre capacité à décider librement. Les dark patterns que nous connaissons déjà sur le web y seront amplifiés : ergonomies manipulatrices, confusion volontaire, dépendance émotionnelle. Concentré sur son expérience immersive, l’utilisateur perd la distance nécessaire pour consentir en conscience.

À retenir

« Dans un univers virtuel, l’ensemble des services est intégré dans une interface unique. Cette fluidité ira à l’encontre d’un choix éclairé. L’immersion va créer la confusion. »

Le deuxième piège est géographique. L’Europe s’est construit un arsenal juridique autour de la donnée — le RGPD — qui fait référence dans le monde. Mais dans un métavers où coexistent un opérateur américain, des services chinois et des utilisateurs européens, quelle loi s’applique ? Dans certains pays, vendre ses données est autorisé. Dans d’autres, interdit. La valeur juridique du consentement dépend alors de la localisation du serveur, de l’entreprise, de l’utilisateur. Un casse-tête que personne n’a encore résolu.

La question des métadonnées est encore plus critique. Nos habitudes de navigation, nos connexions, nos comportements agrégés permettent de construire des modèles prédictifs à haute valeur. Ces actifs appartiennent-ils aux opérateurs ? Sont-ils un bien commun ? Les réponses sont déjà insuffisantes sur l’internet d’aujourd’hui. Elles deviendront urgentes dans des univers immersifs où chaque geste, chaque regard, chaque interaction seront tracés en temps réel.

La dette des métavers

Écologique, industrielle, informationnelle : la dette générée par les univers virtuels sera triple. Et notre prise de conscience aussi violente que notre crédulité est grande aujourd’hui.

La troisième dimension du piège est celle de la dette. Une dette écologique d’abord : lunettes connectées, capteurs, infrastructure réseau — la course aux objets physiques pour accéder au virtuel ne s’arrêtera pas, et les problèmes d’approvisionnement en matériaux seront amplifiés. Une dette industrielle ensuite : les acteurs en position d’hégémonie imposeront leurs standards et leurs écosystèmes fermés. Devra-t-on héberger chez Microsoft ce qu’on déploie dans un métavers Microsoft ? L’interopérabilité restera un chantier ouvert, à l’image des suites collaboratives intégrées d’aujourd’hui. Enfin, une dette informationnelle : mélanger l’information et le divertissement dans un univers immersif rendra la traçabilité de la vérité encore plus difficile. Le terrain parfait pour la désinformation à grande échelle.

Les métavers n’existent pas encore vraiment. Mais leurs pièges, eux, sont déjà là — dans notre internet d’aujourd’hui. Ce n’est pas un argument pour renoncer à l’innovation. C’est un argument pour ne pas répéter les erreurs que nous regrettons déjà : des technologies déployées à grande échelle avant que les questions de conformité, de souveraineté et d’impact écologique soient posées. La prochaine fois, posons-les avant.

Les pièges des métavers – escalators vers le virtuel
[Légende à compléter]